Bourrage de mou !


Ce qui me frappe le plus dans l’argumentaire gouvernemental sur à peu près tous les sujets, c’est la logique qui consiste à élever à l’échelle de dogme la fameuse phrase « il n’y à pas d’autres solution« . A ce titre je vous recommande chaudement la lecture de deux textes. D’abord la réaction de Benoît Hamon, qui conteste dans Le Monde d’aujourd’hui un certain nombre d’idées, notamment celle selon laquelle le recul de l’âge de la retraite serait non seulement inéluctable mais une nécessité reconnue par tout le monde (çà se trouve ici : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/09/17/quelques-evidences-contestables-sur-les-retraites_1412647_3232.html). Ensuite un très intéressant « Manifeste d’économistes attérés » qui bat en brèche de manière très claire et très argumentée un certain nombre d’idées prétendues évidentes, mais qui ne sont que mensonges visant à faire avaler volontairement la pilule libérale (ici : http://www.assoeconomiepolitique.org/spip.php?article140). Car le redoutable piège libéral est là : il vise à vous faire ingurgiter volontairement la potion qui vous rendra davantage malade. C’est particulièrement vrai en ce moment :  le libéralisme aurait dû mourir de ses excès, de son hypertrophie, de son inhumanité… et il réussit, deux ans plus tard, à nous faire avaler le retrait de l’Etat et des services publics comme remède ! C’est un peu comme si on appliquait avec soin du sel sur les plaies d’un brûlé !… « Il n’y à pas d’autre solution, voyons !

En septembre 2008, au plus fort de la tempête, j’avais intitulé un des articles de ce blog « Enfin la crise ?« … prenant soin de ne pas oublier le point d’interrogation…  » Le monde entier, tous les états sont en train de prendre conscience de la supercherie et des mensonges du libéralisme financier… d’en prendre conscience, ou d’accepter de le reconnaître enfin. Tous ? Non… car l’un d’entre-eux résiste encore »… en parlant du nôtre bien entendu. Deux ans plus tard, le constat est mitigé, pour le moins. Oh, certes, l’opinion publique n’en peut plus, mais Sarkozy continue à nous infliger la potion de force, à grands coups de mensonges et de bourrage de mou. Il n’y a pas d’autres solutions que la suppression de postes de fonctionnaires par dizaines de milliers (250 millions d’Euros… soit peu d’économies au regard du budget de l’Etat. On est donc face à une mesure strictement idéologique et dogmatique), que le maintien du bouclier fiscal, que le déremboursement des médicaments, que l’étranglement financier des collectivités territoriales… Pas d’autre solution que de  monter les Français les uns contre les autres, les jeunes contres les aînés, les chômeurs contre les travailleurs, les retraités contre les actifs…  au nom de la crise. Pas d’autre solution que de nous refaire pour la xième fois le coup de « je ne reculerai pas d’un centimètre« , « on va voir ce qu’on va voir« , « que dirait-on si je ne faisais rien« , « je n’ai pas été élu pour rester inactif« , et bien d’autres ! Cette crise du libéralisme nourrit l’injustice, le creusement des inégalités, la destruction de la Nation. Elle est bénie cette crise du libéralisme… pour les libéraux ! Elle nourrit ausi le sentiment de la nécessité d’une vraie alternative, et pas seulement d’une alternance !

PS : Martine Aubry l’a annoncé, les propositions du PS vont commencer à être présentées. Un texte très important sur les relations internationales a été adopté début septembre. Le 2 octobre, la ville de Dijon accueillera un grand forum sur la sécurité. J’y participerai et vous en reparlerai évidemment

Manque d’information


C’est fou comme l’information circule mal au sommet de l’Etat. L’Elysée n’est pas au courant que le quotidien Le Monde a été espionné par les services secrets pour identifier la source de certains articles. Eric Besson n’est pas au courant de la circulaire pondue cet été en vue de l’expulsion des Roms. Eric Woerth n’est pas au courant qu’il est intervenu pour obtenir la Légion d’honneur au dénommé De Maistre, il n’est pas au courant non plus qu’il le connaît, il ne sait pas davantage que les services de son ministère avait concocté un plan de défiscalisation aux petits oignons pour Mme Bettencourt, il n’est pas au courant que la vente d’un terrain de courses dans sa bonne ville de Chantilly, à vil prix à un de ses amis, est contestable. Il n’est d’ailleurs au courant de pas grand chose, ce garçon… Nicolas Sarkozy semble quant à lui ignorer que la grande majorité des Français refuse son injuste loi sur les retraites, et continue, inflexible, à camper sur des positions contestées à juste titre. Le gouvernement, par ailleurs, n’entend pas les avertissements de l’Union européenne sur la question des Roms, ni les protestations officielles venues de toute part dans le monde, et Jean-François Copé, qui n’est pas au courant non plus d’un quelconque problème, dénonce un « procès d’intention »… Etonnant tout cela, à l’heure d’internet ! Et pitoyable, aussi.

UN AUTRE MONDE


Je reprends la « plume » après une longue, et exceptionnelle, interruption de trois semaines. Celles-ci ont été presque entièrement occupées par l’affaire Bettencourt, ou les affaires Woerth/Bettencourt. J’avoue que j’ai parfois eu du mal à suivre les rebondissements quasi multi-quotidiens de ce feuilleton. D’enregistrements pirates en gardes à vue, de perquisitions en contrats de travail, d’audit en fraude fiscale, de dons en enveloppes kraft, de listes de noms en dénégations… N’en jetez plus. Il s’agit bien là d’un autre monde que le mien, que le nôtre, que celui de la quasi-totalité des Français. Un autre monde, vraiment. Et il nous faut être vigilant sur ce que nous dénonçons. Prenons par exemple les 30 millions d’Euros que Lilianne Bettencourt a touché au titre du bouclier fiscal. Ce n’est pas la somme qui est choquante, et qu’il faut dénoncer… c’est le fait que cette somme colossale ait pu lui être versée le plus légalement du monde ; c’est le fait que le système concocté par le gouvernement actuel permette ce genre de chose. C’est un autre monde, basé sur un autre système de valeurs. C’est d’ailleurs pourquoi Eric Woerth a mis tant de temps, et a eut tant de mal à comprendre que ses postes de trésorier de l’UMP et de Ministre de budget étaient incompatibles, et qu’il y a problème lorsqu’on est censé contrôler ceux qui vous financent. Dans son monde à lui, l’argent permet tout, et je suis persuadé qu’il était sincèrement étonné que celà puisse choquer. Dans ce monde là, la notion de conflit d’intérêt n’existe pas, puisque l’intérêt permet tout.

C’est aussi parce que dans ce monde là l’argent est intouchable, sacré, que le plan de sauvegarde des retraites proposé par le même Woerth n’envisage pas un instant d’aller chercher des financements là où ils existent. Quand Martine Aubry propose de fiscaliser les stock-options, il n’y a là que logique. Elle ne propose pas une taxe supplémentaire sur les stock-options, mais simplement de les rendre imposables à l’impôt, dans la mesure où il s’agit de toute évidence de salaires différés. Dans le monde des Sarkozy, Woerth et autres, cette propositions est quasiment sacrilège. Supprimer les services publics oui, tailler dans toutes les dépenses du quotidien des Français oui, étrangler les collectivités territoriales oui… mais fiscaliser les stock-options, et bien non.

« Le veau d’or ? Il vaudra moins cher demain matin que le veau naturel« , écrit un jour Paul Valéry. Peut-être… sûrement… en attendant on se pince quand on regarde le calendrier électoral et qu’on constate que les prochaines élections présidentielle et législatives ont lieu dans… presque deux ans. C’est loin. Et si Sarkozy est « détruit par le fric« , comme l’indiquait l’hebdomadaire Marianne en une cette semaine, reste que de longs mois sont encore à sa disposition pour parachever son oeuvre de fossoyeur des services publics. L’interview (appelons cela comme cela…) du 14 juillet n’a laissé aucun doute sur sa volonté dans ce domaine. Les postes de fonctionnaires s’évanouiront encore par dizaines de milliers, et les services au public de manière identique. La crise a bon dos et permet au gouvernement d’appliquer aveuglément une doctrine ultra-libérale qui a montré ses limites, et mêmes ses échecs, partout. La pression des Français permettra-t’elle d’enrayer le mouvement… ? Peut-être, avec en parallèle un renforcement de la crédibilité du PS. Ce mouvement là est aussi en marche.

L’ENJEU DU 24 JUIN


C’est le site internet Agoravox qui s’est livré à l’exercice consistant à dresser la liste des scandales dans lesquels le pouvoir sarkozien a trempé, trempe ou risque de tremper. Je me contenterai d’en citer quelques uns, en laissant beaucoup de côté par simple manque… de place (à commencer par la fameuse soirée au Fouquet’s, qui donnait le top départ d’un mode de gouvernement entièrement centré sur le fric et l’apparence). Citons donc, dans le désordre : le salaire de Christine Boutin, les 12 000€ de cigares de Christian Blanc, l’explosion du budget voyage de l’Elysée, l’avion présidentiel, le feuilleton du fiston à l‘EPAD, les préfets virés pour des sifflets, les déclarations présidentielles sur le « coupable » Villepin avant que ce dernier ne soit jugé, Clearstream dans son ensemble, l’affaire Bettencourt, l’affaire de Karachi… N’en jetez plus ! La liste est tout simplement stupéfiante. Et encore, il ne s’agit là que d’une liste qui souligne des comportements, des façons d’être, de vouloir et de prendre. Ces gens-là, comme chantait Brel, se croient seuls au monde, maîtres du monde. Sur le fond, Sarkozy et les siens mènent une politique profondément rétrograde, réactionnaire et injuste. Retraites, santé, sécurité, enseignement, protection sociale, culture… tout au marché, tout pour le marché !

Nous vivons sous la coupe du plus incroyable régime que la France ait connu depuis très très longtemps. L’expression « droite décomplexée » a parfois été employée. C’est pire que cela. Droite ultraconservatrice, ultralibérale, médiocre, insultante, méprisante, et je dirais même inhumaine. Au sens propre, c’est-à-dire n’ayant à aucun moment le souci de l’humain, le réflexe de solidarité, le désir d’alléger les souffrances, la volonté de l’intérêt général. Inhumaine parce que totalement auto-centrée. Inhumaine parce qu’ayant mis plus haut que tout des systèmes (je n’ose pas dire des valeurs), ou des principes de fonctionnement qui privilégient avant tout l’égoïsme, le marche-ou-crève, l’injustice organisée. Nous avons affaire à un gouvernement de classe, qui appliquera sa politique, qui détruira scrupuleusement et avec soin, qui démontera en permanence tous les régimes de solidarité… jusqu’à la dernière minute. C’est la politique de la terre brûlée : il ne restera rien de la France solidaire, humaine, inventive, forte, éclairée, lorsqu’ils partiront…. SAUF, et c’est bien sûr là que je veux en venir, si la gauche se présente forte et déploie sa capacité de mobilisation de manière croissante d’ici 2012. Le Parti socialiste, sous la direction de Martine Aubry, s’est retrouvé et est de nouveau crédible, quoiqu’en disent tous ceux qui, à droite, en sont mortifiés. C’est pourquoi il nous faut absolument réussir la manifestation du 24 juin, à laquelle je vous engage à participer très très nombreux. Il faut jeudi frapper fort, donner un nouveau coup. Car c’est bien d’un combat frontal qu’il s’agit.

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