Violences faites aux femmes : une « grande cause nationale » ratée…


Comme chaque année le Ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, vient de communiquer les chiffres de la délinquance pour l’année précédente, en l’occurrence 2010.  Comme chaque année aussi on nous annonce une baisse générale de la délinquance de l’ordre de 2%. Soit. Une étude attentive des chiffres laisse pourtant apparaître la continuation d’une tendance engagée il y a plusieurs années, et qui est très inquiétante. Si les vols et les cambriolages sont annoncés comme étant en baisse, les vols avec violence sont en revanche en hausse. On entend par là ce qu’on appelle par exemple le « car jacking« . Les véhicules étant désormais de moins en moins volables de façon « traditionnelle » (parce que de plus en plus et de mieux en mieux équipées d’antivols, d’alarmes diverses) les délinquants hésitent de moins en moins à s’attaquer aux conducteurs lorsqu’ils sont dans leur voiture, aux carrefours ou feux rouges par exemple. Mais il y a encore plus inquiétant : alors que le gouvernement avait déclaré les violences faites aux femmes « grande cause nationale de l’année 2010« , l’échec est terrible, puisque celles-ci augmentent de 13 %. Chiffre que Brice Hortefeux s’est bien gardé de commenter. Un silence qui a provoqué la colère des associations spécialisées.

Il y a pourtant bien des choses à faire en la matière. Lille, Lomme et Hellemmes se sont considérablement mobilisées sur le sujet ces derniers mois. La semaine consacrée aux violences faites aux femmes et aux enfants fin novembre a permis de réunir des centaines de participants, professionnels et associations, tous avides de voir se constituer un réseau structuré. Le travail qui a débuté sera de longe haleine. Parce qu’on touche là à un sujet particulièrement délicat, où les plaintes ne sont pas systématiques, où la dimension psychologique est largement aussi forte que la souffrance physique.La magnifique exposition de photos visible en novembre dernier à l’Hôtel de ville de Lille en était une illustration à la fois très pudique et très forte. Beaucoup sont déjà impliqués depuis longtemps, mais la mise en place progressive de ce réseau, d’actions coordonnées, d’informations partagées, d’échanges de pratiques, devrait constituer une valeur ajoutée précieuse à tout ce qui est déjà engagé. La Ville de Lomme n’est pas en reste. Yves Durand a désigné il y a quelques mois Catherine De Ruyter adjointe chargé de la famille et des droits des femmes. Une délégation symbolique de notre volonté d’aller plus loin sur ces questions.

Incroyable Hortefeux


Brice Hortefeux

Voilà donc maintenant le Ministre de l’Intérieur – Brice Hortefeux – et celui de la Justice – Michel Mercier –  qui s’étripent publiquement, à propos de la condamnation à de la prison ferme de plusieurs policiers. Qu’en penser ? Pour ma part, je crois que la question ne devrait même pas être posée… Car depuis quand les Ministres commentent, et même contestent les décisions de Justice ? Mais surtout, il faut quand même rappeler les faits, et redire de quoi on parle. Il s’agit ni plus ni moins de policiers qui on décidé tout simplement de rédiger à posteriori un faux rapport afin de faire accuser un innocent, le tout en pleine connaissance de cause. Verdict : entre 6 mois et un an de prison pour les sept comparses. Et alors ? Imaginez ce qui vous arriverait si vous vous avisiez de « bidouiller » les documents de l’entreprise dans laquelle vous travaillez, voire d’en fabriquer un faux, afin de faire accuser votre collègue ou votre patron ? Faut-il, de surcroît, rappeler que les policiers sont censés faire respecter la loi, et non la contourner, et protéger les citoyens, et non les piéger ? Face à cette condamnation, c’est l’étonnement qui étonne… Loin de moi l’idée de critiquer le travail au quotidien des policiers, qui exercent un métier terriblement difficile. Mais la loi s’applique à tous. Y compris à eux.

Que Brice Hortefeux, fidèle à la stratégie de provocation populiste de son maître, se permette de critiquer la décision de la Justice, est tout à fait invraisemblable. Dans quel régime politique vivions-nous, où les ministres claironnent sur les médias leur défiance vis-à-vis de la Justice de leur propre pays ? Comment seront traités, en revanche, demain, tous ceux qui auraient l’idée d’aller manifester devant le Palais de Justice pour afficher leur désaccord face à telle ou telle condamnation, comme l’ont fait certains policiers la semaine dernière ? Ce régime nous fait glisser depuis longtemps sur une pente dangereuse, celle du populisme, de l’intolérance, de la démagogie, de la brutalité. Pour quel bénéfice politique ? Sarkozy est au plus bas qu’aucun Président de la République a jamais été. Marine Le Pen recueille aux dernières nouvelles 28% d’opinions favorables…

COMIQUE DE REPETITION


Ce qui est parfois agaçant dans le comique de répétition… c’est précisément la répétition. Lorsque le ressort qui est censé déclencher l’hilarité se détend trop souvent, il perd en efficacité, jusqu’à en devenir totalement inefficace. C’est un peu la même chose avec Nicolas Sarkozy. Prenons le thème de la sécurité. On est d’ailleurs DEJA dans la répétition, tant le Président de la République adore le tourner et le retourner dans tous les sens. D’abord parce que la sécurité lui fournit fréquemment l’occasion de montrer à quel point il est un homme un vrai, un qui « en a », un qui ne reculera pas d’un millimètre, ou d’un centimètre (selon les discours), un avec qui on va voir ce qu’on va voir, un qui va vous nettoyer tout çà, un qui sait se faire craindre et respecter… etc. Il adore. Ca ne fait pas avancer les choses d’un pouce, mais il adore. C’est chouette aussi la sécurité, parce que cela permet, plus que d’autres sujets, de faire appel à la passion plutôt qu’à la raison. Avec le thème de la sécurité, on évite les explications quand on a la manipulation. Parce que cela permet de mettre en scène et de flatter les instincts fort justement blessés, et de les utiliser. Ca ne change rien au quotidien de ceux qui ont vu disparaître, année après année, la police nationale de leur environnement et de leur quotidien. Ca ne modifie en rien le vécu des victimes à qui on refuse parfois le droit de porter plainte (çà rentre dans les statistiques), et à qui on propose plutôt une « main courante » (çà ne rentre pas dans statistiques). Rien de tout cela, mais cela fait tellement plaisir au Président.

Comique de répétition, disions-nous. Dans son numéro préféré, et au moment où sa 18ème loi sur la sécurité est en discussion au Parlement, Nicolas Sarkozy est descendu à Tremblay-en-France il y a quelques jours, histoire de montrer qu’on ne lui fait pas, etc. Magnifique et incroyable exercice lors duquel le Président de la République a annoncé la mise en place d’un déballage insensé de mesures… qui toutes existent déjà. Le lien direct bus/police en Ile-de-France ? 4000 bus en sont déjà équipés. La suspension des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire ? Présent dans la loi du 31 mars 2006. L’action « en profondeur » contre les trafiquants de drogue ? On a déjà eu droit à la « lutte sans pitié » en 2008, et à la « guerre totale » made in Hortefeux… et on connaît le résultat. La fin du squat des halls d’immeubles ? C’est le délit d’« occupation abusive » prévu par une loi de 2003, lorsque Sarkozy était Ministre de l’Intérieur. Répétition pathétique.

Rien de neuf, donc, à prévoir pour la suite. Rien sur les moyens de la police et de la justice, rien sur le lien avec les Français qui ont besoin de la police et qui la réclament à leurs côtés, rien sur les moyens et le fonctionnement de la prévention. Pas d’information, par exemple, sur l’aide aux associations minutieusement asséchées, rien sur les commissariats vides, pas de message aux syndicats de police, de droite comme de gauche, qui hurlent leur raz-le-bol de la politique du chiffre et de la baisse des effectifs. Non, juste l’habituel numéro de claquettes. Circulez !

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