Cantonales : joie et inquiétude…


En remportant 24 des 40 cantons renouvelables dans le Nord, le PS reste la force centrale du Conseil général du Nord, totalisant 39 conseillers généraux sur 79. C’est évidemment un motif de grande satisfaction, qui permet au PS et à ses partenaires de conserver une très large majorité. Une pensée pour mes ex-collègues Laurent Houllier, Jocya Vancoillie, René Decodts, Brigitte Guidez, Jean-Luc Chagnon et Monique Denise. ..  et un chaleureux accueil pour ceux qui, tels Mehdi Massrour à Roubaix ou Alexandra Lechner à Lille, vont intégrer nos rangs après une brillante victoire. Un mot aussi pour Patrick Kanner, qui prendra les rênes de l’assemblée départementale jeudi, et qui sera à n’en pas douter un Président impliqué, fort de sa grande expérience, de sa notoriété et de la reconnaissance unanime dont il jouit déjà.

Satisfaction donc… mais inquiétude aussi. Vous connaissez comme moi les chiffres : hormis dans certains cantons, la participation globale dans le Nord aura dépassé les 41% de peu au premier tour, et dépassé 41,7% au second tour. Autant dire une abstention record qui interroge. Qui interroge d’abord sur l’offre politique en général, et il faut le dire du PS comme des autres partis. Nous avons séduit majoritairement ceux qui sont allés voter… mais majoritairement les gens sont restés chez eux. Désespoir sûrement et dans bien des cas, découragement aussi… Mais je crois que l’invraisemblable politique qui est menée par le gouvernement actuel a détourné les Français de la politique. Comme si, à force d’entendre à longueur d’interventions ministérielles qu’il « n’y a pas d’autre solution » que les restrictions dans tous les domaines, chacun s’était enfermé, découragé, désabusé. Comme si plus rien ne pouvait apporter l’espoir, faire bouger les choses… y compris la politique. Notre programme national sera dévoilé dans quelques semaines, mais on en connaît déjà quelques aspects qui, je le pense sincèrement, peuvent et doivent rendre espoir. Je ne les développerais pas ici, vous renvoyant au site du PS… mais nous en reparlerons très longuement bientôt.

Le deuxième motif d’inquiétude, c’est bien entendu la percée terrible du FN.  Bien sûr, l’abstention lui a profité mécaniquement, et dans certains cantons le nombre de voix totalisé par ce parti ne progresse pas. Mais une digue a lâché. Lorsqu’on est militant UMP aujourd’hui, on n’hésite plus, dans de nombreux cas, à reporter ses voix sur le parti de l’exclusion et de la haine. Sarkozy se comporte avec un cynisme extraordinaire,  faisant feu de tout bois, confortant au maximum le FN et ses thèses afin de se retrouver contre Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, sachant parfaitement qu’il n’a plus aucune chance face à un candidat ou une candidate socialiste. Le calcul est non seulement cynique, mais risqué. A jouer l’apprenti sorcier il risque d’être éliminé dès le premier tour, laissant PS et FN face à face… et la France dans un état lamentable, à reconstruire, à remonter. L’enjeu pour nous est unique, la tache immense : il s’agit ni plus ni moins d’offrir non pas seulement une alternance politique, mais un espoir, une alternative claire, et de bâtir, au fond, un autre type de société, qui donne sa chance à chacun, qui respecte la place de chacun, tout en redonnant un sens au collectif…

Pas un canton pour le FN !


Là où tout commence


Plusieurs remarques avec le recul de quelques jours, et après les élections régionales. Remarques puisées après les rencontres depuis dix jours, les réunions, les commentaires entendus de militants ou de non-militantssocialistes… D’abord le score du Front National. Il faut je crois à la fois le relativiser (ce qui ne signifie pas dévaloriser ou dédramatiser) et en même temps y prendre garde. Le relativiser parce que le FN s’est bâti un socle électoral de 12% à 13% en moyenne au niveau national, depuis… près de trente-cinq ans quand même. Cela ne me rajeunit pas, mais j’ai gardé le souvenir très précis des élections européennes de 1984 lors desquelles le parti de Jean-Marie Le Pen avait fait une entrée fracassante dans les médias avec son score de 14% à Dreux, avec Jean-Pierre Stirbois, et plus de 10% au niveau national. En 1986, par la grâce de la proportionnelle intégrale, trente cinq députés FN entraient à l’Assemblée. En 1988  – la dernière présidentielle que le PS ait gagnée… –  le même Jean-Marie Le Pen faisait 14,38%. J’ai également le souvenir très précis de ce que j’ai ressenti en découvrant les résultats à la télévision ce soir là… Le FN est donc implanté de longue date dans notre paysage politique, et les résultats des régionales ne constituent pas une totale surprise.

Là où il faut être prudent, et prendre garde, c’est parce que le futur ex-parti de Jean-Marie et futur-nouveau parti de Marine n’a jamais eu autant de bonnes cartes en mains. D’abord parce que l’échec de Sarkozy est total, et que les électeurs frontistes ont préféré l’original à la copie. L’identité nationale, Besson, les gesticulations sécuritaires quotidiennes ne trompent plus personne, à commencer par ces électeurs-là. La tentative de syphonnage du FN au profit de l’UMP est un fiasco complet. Ensuite parce que la crise est là, avec ses terribles conséquences humaines. Parce que des Français de plus en plus nombreux se sentent totalement abandonnés, abandonnés de tous, y compris de la gauche. Parce que la misère n’est même plus accompagnée. Songez que 30% des demandeurs d’emplois dirigés vers Pôle emploi par le Conseil général sont « dans la nature ». Parce qu’ils en sont au point de de même plus répondre aux convocations, parce que le repli sur soi est total, la coupure dramatique…et parce que Pôle emploi ne se soucie pas de savoir où ils peuvent bien être, ou n’a pas les moyens de s’en soucier. Enfin parce que la fille est meilleure que le père. Jean-Marie Le Pen a structuré le FN en 1972 en regroupant pétainistes, nostalgiques de l’OAS, catholiques intégristes, fanas de l’ordre militaire bien dégagé autour des oreilles etc… Provocateur jusqu’à l’absurde, il a généré inlassablement le rejet de sa personne. Marine est tout aussi extrêmiste… mais elle a une gueule, elle sait ce qu’est la communication, et entend bien faire du FN un parti moderne, tout comme les régionalistes et post-fascistes italiens l’ont fait ces dernières années, ce qui les autorise aujourd’hui à gouverner avec Berlusconi.

Alors, face à tout cela ? D’abord se féliciter de voir à quel point les socialistes ont pris la victoire avec prudence. Nous sommes tous convaincus que tout commence maintenant. Martine Aubry a réussi le tour de force incroyable de remettre le PS sur pieds en dix-huit mois, de faire taire les voix discordantes (pour moment) et de nous rendre de nouveau crédibles. Je sais sa capacité de travail inlassable, la force de ses convictions, la sincérité de son engagement. Le PS et ses alliés, la gauche unie et forte, doivent et peuvent retrouver le chemin de la victoire en 2012. En redevenant crédibles pour les classes populaires (voilà une belle expression trop longtemps délaissée dans notre vocabulaire), en portant un programme complet qui représente enfin, aux yeux de tous les Français, une vraie alternative. Pas seulement une alternance. Une alternative… c’est à dire le retour de la solidarité, de l’Etat protecteur et régulateur, la mise en place d’une politique qui rompe avec la défense des intérêts particuliers pour enfin remettre en avant l’intérêt général.

Inutile de vous dire que nous en reparlerons…

RECONQUETE


Belle victoire bien entendu… dont il faut immédiatement tirer quelques conclusions. La première, c’est que lorsque la gauche est unie, elle gagne. Et si la gauche est unie, il faut rendre un hommage particulier à l’extraordinaire travail accompli par Martine Aubry depuis le congrès de Reims. Souvenons-nous qu’en novembre 2008 le PS était donné comme moribond, qu’on tentait déjà de le remplacer. On cherchait déjà les noms qui pourraient désormais s’afficher à la place du ringard mot « socialiste » ! La force du PS aujourd’hui, c’est ce que Martine Aubry a bâti : une formation solide qui est en train de se reconstituer jour après jour, qui travail à son projet, et qui a réussi pour le moment à taire les querelles d’égo. On sait bien, on sent bien, que le danger est là. Je lisais il y a quelques jours dans un journal un éditorial qui se terminait par l’excellente formule suivante : « Les intelligences individuelles au sein du PS seront-elles assez fortes pour éviter la stupidité collective ?« . L’ennemi est chez-nous, l’ennemi c’est nous mêmes. C’est pourquoi il est impératif que Martine continue sur la lancée qui nous a si bien réussi depuis Reims : le travail, le projet, et le fond, rien que le fond. Parce que c’est là que nous attendent les Français, parce que c’est là qu’est l’espoir des Français. Le score du FN est l’autre leçon à tirer. Il est la plupart du temps issu du désespoir, de l’idée que les partis « traditionnels » n’ont plus rien à offrir. Il est aussi issu de l’idée toute simple qu’à théorisée Le Pen il y a longtemps : entre l’original et la copie, les électeurs choisissent l’original. La stratégie de Sarkozy vient d’être sanctionnée lourdement. Les Besson, les Fillon, les discours racistes, les débats biaisés, la sournoiserie à en vomir… Tout cela vient de recevoir une grande claque. Les socialistes et leurs alliés peuvent représenter une vraie alternative. A nous de le prouver. La reconquête commence maintenant. Nous n’avons pas le droit de décevoir.

HENIN-BEAUMONT : PAS DE QUOI PAVOISER


Marine Le Pen a raison  : la défaite du Front National hier lors de l’élection municipale d’Hénin-Beaumont a « un petit goût de victoire« . Les chiffres en pourcentage peuvent donner l’impression d’un écart important avec la liste menée par le candidat divers gauche Daniel Duquenne. Le Front National fait 47,62% des voix, certes… mais il ne lui a manqué que 265 bulletins de vote pour remporter la victoire. Dans un contexte de front républicain très large, ce score est plus qu’impressionnant. Les démocrates ont toutes les raisons d’être soulagés… pas de pavoiser.

Le « cas Hénin » est particulier : escroqueries, détournements, fraudes diverses, et même parties fines. L’exaspération extrême des électeurs de la ville et donc compréhensible. Mais on aurait tort d’en rester à cette explication localo-locale. Le Front National n’est pas mort, et la bête vit encore. Sarkozy l’a en grande partie vidé de sa substance en récupérant l’essentiel de son fond de commerce : sécurité, immigration, et j’en passe…  Mais la gauche démocratique est dans une passe terrible, dont elle doit sortir de toute urgence, si elle ne veut pas que cela se transforme en impasse. « L’enseignement qu’il faut tirer (…) c’est qu’il y a un nouveau potentiel électoral pour le Front national, constitué par des couches populaires issues de la gauche qui se sentent totalement trahies, et à juste titre, par le PS et le PC, et qui aujourd’hui se tournent vers le seul parti social et populaire qui est susceptible de les défendre. Si cet électorat rencontre l’électorat traditionnel du Front national et les déçus de Nicolas Sarkozy (…) eh bien, croyez-moi, il faudra compter avec le Front national encore » a expliqué hier soir Marine Le Pen. Le PS n’a trahi personne, et on débat assez souvent ici des raisons diverses qui peuvent expliquer ses scores décevants. De même, je ne pense pas que le PC ait eu à aucun moment la volonté de trahir qui que ce soit . Nous en reparlerons.

Mais là où Marine Le Pen a encore raison, c’est sur le fait que nous aurons un jour ou l’autre, très vite, à redonner espoir aux déçus du sarkozisme, qui ne manqueront pas d’apparaître dans le paysage. Pas seulement donner espoir, pas seulement proposer un programme ou une alternative… donner une vision de la vie, de l’avenir. D’une autre société, totalement. Je me permets de vous recommander l’interview au journal Le Monde de Martine Aubry, où elle plaide pour l’invention d’un véritable postmatérialisme (http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/07/04/mme-aubry-le-ps-doit-etre-fort-sur-ses-valeurs_1215226_823448.html) J’adhère.

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