Là où tout commence


Plusieurs remarques avec le recul de quelques jours, et après les élections régionales. Remarques puisées après les rencontres depuis dix jours, les réunions, les commentaires entendus de militants ou de non-militantssocialistes… D’abord le score du Front National. Il faut je crois à la fois le relativiser (ce qui ne signifie pas dévaloriser ou dédramatiser) et en même temps y prendre garde. Le relativiser parce que le FN s’est bâti un socle électoral de 12% à 13% en moyenne au niveau national, depuis… près de trente-cinq ans quand même. Cela ne me rajeunit pas, mais j’ai gardé le souvenir très précis des élections européennes de 1984 lors desquelles le parti de Jean-Marie Le Pen avait fait une entrée fracassante dans les médias avec son score de 14% à Dreux, avec Jean-Pierre Stirbois, et plus de 10% au niveau national. En 1986, par la grâce de la proportionnelle intégrale, trente cinq députés FN entraient à l’Assemblée. En 1988  – la dernière présidentielle que le PS ait gagnée… –  le même Jean-Marie Le Pen faisait 14,38%. J’ai également le souvenir très précis de ce que j’ai ressenti en découvrant les résultats à la télévision ce soir là… Le FN est donc implanté de longue date dans notre paysage politique, et les résultats des régionales ne constituent pas une totale surprise.

Là où il faut être prudent, et prendre garde, c’est parce que le futur ex-parti de Jean-Marie et futur-nouveau parti de Marine n’a jamais eu autant de bonnes cartes en mains. D’abord parce que l’échec de Sarkozy est total, et que les électeurs frontistes ont préféré l’original à la copie. L’identité nationale, Besson, les gesticulations sécuritaires quotidiennes ne trompent plus personne, à commencer par ces électeurs-là. La tentative de syphonnage du FN au profit de l’UMP est un fiasco complet. Ensuite parce que la crise est là, avec ses terribles conséquences humaines. Parce que des Français de plus en plus nombreux se sentent totalement abandonnés, abandonnés de tous, y compris de la gauche. Parce que la misère n’est même plus accompagnée. Songez que 30% des demandeurs d’emplois dirigés vers Pôle emploi par le Conseil général sont « dans la nature ». Parce qu’ils en sont au point de de même plus répondre aux convocations, parce que le repli sur soi est total, la coupure dramatique…et parce que Pôle emploi ne se soucie pas de savoir où ils peuvent bien être, ou n’a pas les moyens de s’en soucier. Enfin parce que la fille est meilleure que le père. Jean-Marie Le Pen a structuré le FN en 1972 en regroupant pétainistes, nostalgiques de l’OAS, catholiques intégristes, fanas de l’ordre militaire bien dégagé autour des oreilles etc… Provocateur jusqu’à l’absurde, il a généré inlassablement le rejet de sa personne. Marine est tout aussi extrêmiste… mais elle a une gueule, elle sait ce qu’est la communication, et entend bien faire du FN un parti moderne, tout comme les régionalistes et post-fascistes italiens l’ont fait ces dernières années, ce qui les autorise aujourd’hui à gouverner avec Berlusconi.

Alors, face à tout cela ? D’abord se féliciter de voir à quel point les socialistes ont pris la victoire avec prudence. Nous sommes tous convaincus que tout commence maintenant. Martine Aubry a réussi le tour de force incroyable de remettre le PS sur pieds en dix-huit mois, de faire taire les voix discordantes (pour moment) et de nous rendre de nouveau crédibles. Je sais sa capacité de travail inlassable, la force de ses convictions, la sincérité de son engagement. Le PS et ses alliés, la gauche unie et forte, doivent et peuvent retrouver le chemin de la victoire en 2012. En redevenant crédibles pour les classes populaires (voilà une belle expression trop longtemps délaissée dans notre vocabulaire), en portant un programme complet qui représente enfin, aux yeux de tous les Français, une vraie alternative. Pas seulement une alternance. Une alternative… c’est à dire le retour de la solidarité, de l’Etat protecteur et régulateur, la mise en place d’une politique qui rompe avec la défense des intérêts particuliers pour enfin remettre en avant l’intérêt général.

Inutile de vous dire que nous en reparlerons…

4 Réponses

  1. Bonsoir Roger,
    aujourd’hui, pas de critique désagréable. Je n’ai pas envie de radoter. Wait and See.
    Alors en attendant ce jour, je m’ennuie quelquefois, alors je prends ma plume électronique et j’écris un petit billet, juste histoire de faire avancer le chmilblick. Ca s’appelle : « un poisson d’avril bien amer »
    Ca ressemble à un poisson d’avril, ça a le goût d’un poisson d’avril, mais c’est tout sauf un poisson d’avril.
    Ce jeudi 1er avril, le prix du gaz a en effet augmenté de 9,8 %. Merci qui ? Merci monsieur le président ! Le message des Régionales était pourtant clair : « Monsieur le président, le budget des ménages, c’est comme le budget de l’Etat, Y a plus de sous ! » Notre président, en plus de tous ses défauts, serait-il également sourd ? Et nous, on n’a pas le choix : on ne peut pas licencier de fonctionnaires, on ne peut pas suspendre des autorisations de programme. En un mot, il faut payer.
    Ils doivent vraiment l’avoir mauvaise toutes celles et tous ceux qui ont succombé aux sirènes mercantilistes du milieu des années 90, une époque où je le rappelle le petit Nicolas faisait ses classes chez Balladur. On nous promettait alors, à la télévision comme à la radio, monts et merveilles d’une énergie naturelle abondante et peu chère, qui allait nous réchauffer la vie en hiver d’une manière toute transparente. Faites un effort de mémoire et les mots et les images vous reviendront en tête rapidement. Mon Dieu non ! Le pétrole et le gaz, ça n’avait rien à voir ! Il n’était pas question de faire évoluer le prix du gaz en fonction du pétrole, alors on pouvait y aller les yeux fermés.
    15 ans plus tard, la situation n’est plus rose du tout. N. S. sévit toujours parmi nous et le sombre crétin qui a laissé s’indexer les cours du gaz naturel sur ceux du pétrole ne mériterait peut-être pas complètement la lanterne (vous savez, l’endroit où l’on mettait les aristocrates accapareurs sous la Révolution) mais au moins, dans la plus pure tradition du western, le goudron et les plumes.
    Encore un sujet de mécontentement ! Qui nous ramène une fois de plus à la Lanterne, le journal d’Henri Rochefort sous le Second Empire. Comme nous aujourd’hui, sous l’empire de N. S. « La France compte plus de 60 millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentements ! »
    Ce qui nous ramène une fois de plus à la nécessité de la conversion écologique de la société. Si l’on ne veut être la victime de l’envolée du cours des énergies fossiles, il faut anticiper et développer des énergies alternatives, mieux isoler les logements actuels et en construire de nouveaux aux normes HQE. Car les choses n’iront pas en s’améliorant. Alors bonjour les dégâts sur le porte-monnaie des Français et sur le lien social.
    Vous connaissez le proverbe : « quand les riches s’enrichissent, ce sont les pauvres qui paient ». C’est-à-dire VOUS !
    En parlant de gens qui s’enrichissent, il y a par exemple GDF-SUEZ, sponsor du LOSC. A chaque fois que vous applaudissez Eden Hazard, eh bien vous applaudissez un peu aussi GDF-SUEZ, qui pille chaque jour davantage le fruit de votre travail. Alors bien sûr, ils peuvent promettre de monter davantage d’initiatives sociétales et pédagogiques sur le territoire du Nord. Avec tout l’argent que vous allez leur donner en plus, ils en auront les moyens. Dans la limite de 9,8 % ?

    Cordialement
    Frédéric

  2. Très bonne remarque concernant les perspectives du FN en référence au parcours de Fini en Italie.
    Une victoire de la gauche vécue sans triomphalisme est de bonne augure d’autant plus qu’elle produit l’explosion de la majorité !
    Mais comme c’est un point de départ pour 2012 il faut conserver l’unité de la « Gauche solidaire » au-delà des régionales en cohérence, aussi, avec l’esprit de nos primaires.
    Redevenir crédible pour les classes populaires ne va pas etre facile car tout le monde a compris que le système économique mondialisé, auquel nous avons donné libre cours, via l’Europe notamment, n’est pas controlable et que, quel qu’en soient les conséquences néfastes, le libéralisme a réussi a mettre en place les structures qui propagandent et organisent la séparation toujours plus nette de l’économie de l’Etat pour faciliter l’accumulation (voire la prédation) en échappant aux contraintes politiques et démocratiques qui imposent du partage.
    Amitiés. R. LUBEK. Section du Vieux-Lille

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