Les enfants sans Défenseur

enfantRetour de vacances, et replongée dans l’actualité (quoique je ne sois pas vraiment sorti du bain durant ces quinze jours). Une nouvelle ce jour qui peut paraître un peu technique, un peu professionnelle et qui ne mobilisera vraisemblablement pas l’opinion publique en masse. Et pourtant… la disparition du Défenseur des Enfants de nos institutions est un vrai et profond recul en matière de droits des enfants, et surtout en matière de défense de ces droits. De quoi s’agit-il ? Jusqu’ici coexistait trois “institutions” pouvant être saisies par des particuliers qui s’estiment lésés par le fonctionnement d’un service public : le Médiateur de la République pour les difficultés générales de relations avec l’administration ; la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité pour les litiges intervenants avec les forces de sécurité ; le Défenseur des Enfants, enfin, apte à juger de manière indépendante des atteintes aux droits des enfants. Ce Défenseur était à lui seul une reconnaissance du fait que les enfants bénéficient de droits spécifiques, compte-tenu de leur fragilité et de la phase de construction de leur propre vie dans laquelle ils se trouvent. Et cette phase se protège plus que d’autres.

Un projet de loi présenté la semaine dernière en Conseil des Ministres prévoit la disparition des trois institutions, et leur remplacement par un Défenseur des Droits, qui gèrera tous les types de dossiers présentés auparavant aux trois interlocuteurs. On notera que l’actuelle Défenseur des Enfants, Mme Versini, a eu le plaisir de découvrir sa mort annoncée dans la presse. Comme un faire-part en quelque sorte. L’Unicef ne s’y est pas trompée, qui a indiqué aussitôt, dans un vocabulaire offensif qui ne lui ressemble pas, être “scandalisé par cette décision et a appellé au maintien de cette institution indépendante de défense et de promotion des droits de l’enfant“. A quelques semaines du vingtième anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, le projet du gouvernement est tout simplement consternant. Et à y regarder de plus près, il aura des répercussions beaucoup plus importantes qu’on ne l’imagine. Au moment où Besson enterre les tests ADN et que Sarkozy lui donne raison du bout des lèvres, il n’est pas inutile de rappeler que Dominique Versini, l’actuelle Défenseur des Enfants, s’était montrée particulièrement offensive lors du débat sur cette question il y a deux ans. En s’opposant notamment aux tests sur les enfants pour prouver la filiation lors des regoupements familiaux. En voilà une qui n’aura plus l’occasion d’en parler… Etonnant, non ?

3 réponses

  1. Bonjour Roger,
    bon retour de vacances.
    Je t’avouerai que c’est en apprenant sa disparition programmée que j’ai su qu’il existait un défenseur des enfants.
    Travaillant pour le Conseil général, je sais qu’il doit être l’institution de pointe dans les actions d’aide à l’enfance (protection, placement, nominations d’administrateurs ad hoc pour défendre leur cause…)
    Je m’interroge donc en fait sur l’articulation des actions de chaque institution, défenseur des enfants d’un côté, départements de l’autre. Le premier existait-il afin de pallier une éventuelle défaillance des seconds ? Etait-il une institution chargée de réfléchir à des problèmes “supra-institutionnels ? Etait-il un ultime recours pour les familles ?
    Mais aussi plus prosaïquement, il me semble que la disparition de ce défenseur des enfants mettra les départements davantage en première ligne dans le combat pour la protection de leurs droits. Ce qui me semble totalement contradictoire avec les tentatives de les faire disparaître ou alors, ce serait une véritable catastrophe…

  2. Bonsoir Roger,
    Apparemment, la suppression du défenseur des enfants accompagne la suppression de structures identiques pour les regrouper dans une seule. S’agit-il d’économies d’échelles qui se retourneront contre les citoyens, l’avenir nous le dira.
    Je vois que sur ce sujet, en tant que militant socialiste, tu interpelles les citoyens, tu te prêtes au dialogue avec eux. Ainsi dans le cadre d’une actualité très chargée ce jeudi, tu as peut-être des réactions à nous faire partager, même si elles risquent malheureusement de sentir la répétition lasse devant une situation qui ne change pas :
    Sarkozy qui se troue sur la couche d’ozone, une réaction ?
    Sarkozy qui piétine la présomption d’innocence dans le cloaque de l’affaire Clearstream, un commentaire indigné ?
    Des députés verts, communistes et socialistes qui se regroupent pour travailler ensemble à l’assemblée nationale, un signe d’espoir ?
    Amicalement, dans l’attente de te lire
    Frédéric

  3. Bonsoir Frédéric,
    Je n’ai en effet pas envie de retenir grand chose de l’affaire Clearstream, des effets de manche des uns et des coups de menton des autres. Que la justice fasse son travail… et qu’elle puisse le faire le plus indépendamment possible. Pas davantage envie de réagir à Sarkozy qui confond couche d’ozone et effet de serre. Mr je-sais-tout-sur-tout s’est planté. Normal… mais anecdotique. Je préfère retenir de l’actualité de ces jours derniers les premiers résultats porteurs d’espoir d’un vaccin contre le sida. Il ne protège pas totalement loin s’en faut, mais il protège quand même, un peu, et c’est un pas de géant. Je préfère aussi m’intéresser à la prochaine réunion du G20. Deuxième acte de la vaste supercherie visant à nous faire croire que le libéralisme n’a qu’à bien se tenir, ou vraie prise de conscience qui pourrait déboucher sur quelque chose ?… Voilà qui appellera des commentaires.
    Roger

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