Vous me direz que réagir aux propos du provocateur Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, c’est faire son jeu et alimenter le débat alors même qu’on le dénonce. Je suis bien conscient du paradoxe, mais je ne peux m’empêcher de faire quelques remarques sur sa dernière sortie, lors de laquelle il a estimé samedi que le fait de permettre aux salariés en arrêt maladie ou en congé maternité de travailler de chez eux allait “dans le sens de la modernité” et que l’”on y reviendra(it)“. “C’est le sens de la modernité, on y reviendra“, a-t-il déclaré sur LCI. Jusque là, rien qui n’ait déjà été dit. Mais la suite… ”Je veux que le salarié puisse avoir un nouveau droit, à partir du moment où il y a un certificat médical, que c’est donc lui qui le déclenche, de travailler s’il le souhaite“, a-t-il ajouté.”Il y a beaucoup de Français, y compris en longue maladie, qui ont besoin du travail pour guérir“, a jugé M. Lefebvre qui s’est prévalu du soutient du député UMP Bernard Debré, chirurgien de profession.”Un de mes collègues, Bernard Debré, qui est quand même pas n’importe qui, m’a dit: la prochaine fois que tu parles de ce sujet, je veux être à tes côtés et qu’on le défende ensemble parce que ça peut être un moyen de faire guérir un certain nombre de Français qui le souhaitent“, a-t-il indiqué.
Il faut peser tous les mots de cette déclaration. D’abord le mot “droit”. Introduire un nouveau droit, qui serait donc attendu, qui constituerait donc un progrès. Ce qui est droit, c’est ce qui est juste, et c’est d’ailleurs de cette définition que découle l’utilisation du mot pour décrire l’ensemble des lois. Elles sont censées établir ce qui est juste, pondéré. Or, il y a là une véritable manipulation. Qui, quand, a réclamé de pouvoir travailler en étant malade ? Où cela a-t’il été une revendication ? En quoi l’exploitation du plus faible peut-elle grandir l’homme ?… Et l’on sait bien ce que veut dire, dans la bouche de Lefebvre, l’expression “s’il le souhaite“. Le salarié pourra travailler en maladie s’il le souhaite, il pourra travailler le dimanche s’il le souhaite, il pourra partir en retraite à 67 ans s’il le souhaite. Mais en quoi cela peut-il bien aller dans le sens de la modernité ? Où sont le progrès et la modernité dans le fait de demander aux malades de travailler ? Certes, Lefebvre, qui est lui-même de toute évidence un grand malade, n’arrête pas… mais le cas est particulier !
Et puis, l’appel aux longues maladies est tout simplement honteux. Bien sûr qu’une partie marginale des Français qui en souffrent pourraient affronter la maladie et l’avenir en se projetant dans une activité professionnelle, sous conditions. Et lorsque c’est possible, le mi-temps thérapeuthique est une solution, et elle existe déjà. Mais évidemment rien de général. On voit bien de quoi il s’agit quand Lefebvre fait appel au témoignage du Pr Debré. Le fils de Michel Debré est aussi (surtout) connu pour avoir soigné le long cancer de François Mitterrand. Appeler le cancer à la rescousse pour faire passer la pilule est écoeurant.
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Cette allusion de Dominique Lefebvre n’est pas récente, j’en ai déjà parlé sur mon blog. Mais elle ne fait que se cumuler avec d’autres comportements : la retraite à 67 ans, le siphonnage des mutuelles professionnelles, dont celles des fonctionnaires, pour renflouer la sécurité sociale, qui ne peut plus bénéficier du cadeau fiscal de 15 milliards, alors que ces mêmes mutuelles, soi-disant riches, se contentent d’avoir une saine gestion des cotisations de leurs adhérents. Encore une fois, ce sont les travailleurs qui paient pour les cadeaux faits aux plus riches. En plus, ce prélèvement qui est déjà de 2,5 % des cotisations devrait grimper, paraît-il, à 5,9 % !
Par ailleurs, il y a le contexte interne à l’UMP. Si j’ai bien compris, le jeu de chaises musicales gouvernementales déclenché par les élections européennes risque de lui coûter son siège de député.
Alors question : monsieur Lefebvre monte-t-il sur ses ergots pour soigner ses problèmes d’ego ? Peut-être !
Malheureusement, je pense aussi qu’il est sincère.
Alors faut-il réagir ? A mon avis oui. Quand on a des convictions qui s’opposent aussi radicalement aux siennes, il faut les faire connaître, empêcher les gens de sombrer dans la résignation, montrer qu’une alternative est possible. Bien sûr, cela fait mousser le débat. A contrario, ne rien dire comme cela s’est passé en Allemagne après 1933, cela conduit inexorablement à la catastrophe.
Alors à bon entendeur salut et que chacun se positionne en son âme et conscience.
Cordialement
Frédéric